Voici certainement l’un des joueurs au plus fort caractère qu’ait connu l’ASM. Son image étant terni par ses relations plus que conflictuelles avec Didier Deschamps. Mais il ne faut pas oublier une chose, malgré son caractère bien trempé Marco Simone restera l’un des hommes phares du titre de 2000 où, avec David Trézéguet, il avait formé certainement le plus beau duo que l’ASM ait connu sur un championnat entier. Il avait cette saison là inscrit 21 buts en championnat.

Sa carrière en Italie :

Simone a été formé à Côme où il joue ses deux premiers matchs de Serie A lors de la saison 86-87 à l’âge de 18 ans. La saison suivante, il est prêté à un club de Serie C , le Virescit Boccaleone. Cela lui réussit plutôt bien et il y inscrit la bagatelle de 15 buts en 34 rencontres. À son retour à Côme en 88-89, il devient titulaire et dispute 34 matchs de championnat pour 6 buts. À l’été 89, le grand Milan de Berlusconi s’attache les services de Simone qui a alors à peine 21 ans. La concurrence de joueurs comme Van Basten, Massaro, Gullit, Weah, Lentini ou même Jean-Pierre Papin est forte mais Marco joue assez souvent. Il reste 8 saisons au Milan AC. Sa meilleure saison aura été la saison 94-95 où il marque 17 buts en 30 matchs de championnat. Marco ne garde que de bons souvenirs de cette époque « Avec le Milan AC, j’ai eu la chance et le privilège de remporter un certain nombre de compétitions. J’ai appris à ne pas me laisser griser avant que les choses soient acquises. » En effet, Simone a remporté avec le Milan quatre scudetti (1992, 1993, 1994 et 1996), une super coupe d’Italie (1994), deux Supercoupes d’Europe (1989 et 1994) et une Coupe intercontinentale (1989). Il était loin de penser que 4 ans après son départ il reviendrait une saison chez les rossoneri.

Ses deux années parisiennes :

À l’été 1997 c’est en star que Marco Simone débarque au Paris Saint-Germain, qui a déboursé 36 millions de francs pour l’acquérir. Il commence d’ailleurs tambour battant avec 7 buts lors des 7 premiers matches de championnat. La suite de la saison sera moins prolifique pour l’Italien qui marque seulement 6 buts en 21 matches de championnat. Il se rattrapera dans les coupes nationales (Coupe de France et Coupe de la Ligue) qu’il remportera toutes deux avec son club. Il disputa aussi la Ligue des Champions, grâce à cette qualification obtenue contre le Steaua Bucarest au Parc au cours d’un match historique pour le club parisien. Battu à l’aller 3-2, le PSG est en fit déclaré perdant sur tapis vert pour avoir fait jouer Laurent Fournier qui devait être suspendu pour la rencontre. Et ce n’est donc plus un, mais trois buts que les Parisiens devaient remonter. Le PSG gagnera finalement 5-0 avec un troisième but inscrit par Simone.

La saison suivante sera beaucoup plus cauchemardesque pour Simone. Le PSG change de président, Charles Biétry succédant à l’emblématique Michel Denisot. Dès le début de saison il y eu une affaire Biétry-Simone pour une histoire de contrat, Simone ayant déclaré qu’il avait prolongé son contrat d’une saison avec le club parisien contre une augmentation salariale alors que, dans les faits, le contrat n’a pas été prolongé. Le bras de fer entre les deux hommes s’envenime. Simone est à deux doigts de partir : « Je veux absolument rester à Paris. Mais Biétry doit faire ce qu’il a dit. Je veux qu’on me soumette un contrat noir sur blanc sinon je pars » déclarait le Transalpin à l’époque. Biétry lui rétorquait par presse interposée : « Je ne veux pas aller en prison pour Simone ni mettre en péril le club pour lui. Il a plusieurs solutions, respecter son contrat de trois ans, le prolonger d’une saison ou dire qu’il veut partir ». Après ces désaccords financiers, arrive la saison, et le moins que l’ont puisse dire c’est qu’elle est loin d’être aussi bonne que la précédente : une élimination peu glorieuse contre le Maccabi Haifa au premier tour de la Coupe des Coupes et un championnat médiocre où Paris terminera à la neuvième place. D’un point de vue personnel, la saison de Simone aura était remplie de déceptions : « Le PSG était au centre d’une guéguerre entre les différentes mouvances de Canal+. Me trouvant dans le champ de tir, je n’ai pas été épargné. Mon seul grand regret est qu’une bande d’incompétents soit parvenue à monter les supporters parisiens contre moi. C’est la seule chose qui m’attriste. » « La saison dernière, au PSG, j’ai songé arrêter ma carrière. C’était le stress total. Je ne me sentais pas footballeur », déclara-t-il lors de son arrivée sur le Rocher.

Marco débarque à Monaco :

C’est donc sans regret que Marco débarque à la Turbie au cours de l’été 1999. Et ceci à la surprise générale. « En quittant le PSG, j’avais déclaré que je ne jouerai pas dans un autre club français, par respect pour les supporters parisiens avec lesquels j’ai toujours eu une relation très forte. Mon premier choix s’était donc porté sur un retour au pays. Mais la Fiorentina et la Juventus, avec qui j’étais en contact, voulaient juste que je sois un élément du groupe, parmi tant d’autres. Ces clubs m’auraient volontiers pris, mais pas pour être un joueur fondamental de l’équipe, sur lequel ils comptaient vraiment. » Il a aussi choisi l’ASM car le discours du président Campora lui a plu « J’ai été séduit parce que j’ai senti chez lui un véritable désir de me faire venir dans son équipe. Une volonté plus forte encore que celle de Denisot. Campora m’a toujours apprécié en tant que joueur et, de plus, il y avait longtemps qu’il souhaitait avoir un Italien dans sa formation. Mais ce qui a vraiment fait pencher la balance, je le répète, c’est que le président m’a vraiment fait sentir qu’il me voulait et qu’il a tout mis en œuvre pour m’avoir. »

Une première saison de rêve :

La première saison de Marco Simone est comme celle de l’ASM, une très bonne saison, ce sera celle du septième titre de champion de France. Marco a vraiment pris du plaisir dans cette équipe, de plus son comportement altruiste et sa simplicité ont surpris ses coéquipiers, comme le témoignait à l’époque Sabri Lamouchi : « Bien sûr que l’on appréhendait un peu son arrivée, par rapport à l’image terrible qui avait été donnée de lui. Les gens avaient fait une montagne de tout ce qui le concernait. À Paris, il semblait être à l’origine de tous les maux lorsque ça allait mal et l’unique artisan du succès quand ça souriait. On se demandait comment était l’homme, car personne n’a jamais douté du joueur. Il était indiscutable ! Eh bien, en fait, on a découvert un gars tout simple qui a su s’adapter sans faire de vagues, aidé par un collectif sain et de grande qualité. Avant qu’il ne vienne à Monaco, on l’a catalogué comme une star. Il a démontré tout le contraire : un grand professionnel doté d’une grande humanité ».

Les relations Simone et Puel :

Lors de sa première saison Simone ne cachait pas son plaisir de travailler avec Puel « S’il exerce depuis peu en D1, Claude a déjà su démontrer une grande force de caractère. Il est sûr de lui, ne se laisse jamais imposer les choses. Depuis que j’ai débarqué en France c’est sûrement celui qui m’a le plus fait travailler au niveau tactique. Puel est l’un des entraîneurs français qui s’apparentent le plus aux entraîneurs du Calcio : rigueur, discipline, respect des principes d’éducation dans le groupe, etc. »

Pourtant lors de l’arrivée en principauté de Simone, le technicien monégasque était inquiet. « Claude était légitimement préoccupé parce que l’on disait de moi après mon passage à Paris. Alors, nous nous sommes mis à l’écart pour discuter calmement de tout cela. Je lui ai dit ‘Tu sais, je n’ai pas un caractère facile, mais je suis direct. J’essaye toujours d’être le plus clair possible. Et je voudrais savoir si dans l’équipe il y aura toujours la possibilité de parler, de s’expliquer les uns avec les autres’. Sa réponse fut positive », se souvient Simone.

Ces relations plutôt amicales sont pour la première des deux saisons que les deux hommes ont passées ensemble à Monaco. Faut dire que les résultats plaidaient pour cette cohésion.

La seconde saison sera moins bonne pour l’ASM en général et pour Simone en particulier. Son duo avec Nonda n’égalait pas celui qu’il avait formé avec Trézéguet. Surtout en championnat où l’ASM, champion sortant, termina à une très mauvaise onzième place. Simone ne marqua que 7 buts en 30 rencontres. Il sera bien plus performant en Ligue des Champions, où il inscrivit 6 buts en 6 matches (avec notamment un triplé contre Graz). Toutefois, l’ASM termina dernière de son groupe et fut donc éliminée dés le premier tour. Pour terminer cette saison peu glorieuse, l’ASM perdra même en finale de la Coupe de la Ligue contre Lyon.

Les relations entre Puel et Simone se dégraderont en fin de saison. Dans la presse, Marco Simone remettait en cause la méthode de communication utilisée par son entraîneur et soulignait également que le discours de Puel ne passait plus comme avant. Après ces déclarations, l’entraîneur monégasque n’a pas retenu le joueur pour la dernière journée de championnat au Louis II contre Lille prétextant que « Si un joueur n’a pas pu s’entraîner normalement depuis 15 jours, il est difficile de lui faire disputer un match. Je n’ai pas jugé par rapport à ses déclarations, mais par rapport à son état de forme. » Mais personne n’était dupe, Puel n’avait pas apprécié les déclarations de l’attaquant italien, ce qu’il ne dément pas « Quand des personnes se respectent, ça laisse la porte ouverte pour s’expliquer, d’autant que je ne suis jamais critique par rapport à un joueur et c’est vrai que j’ai le sentiment que Simone m’a manqué de respect. Ce n’est pas la meilleure façon de faire avancer les choses avant un match important. Quand il dit qu’il parle pour le bien du club, il y a différentes façons et différents moments pour le faire. Si un reproche est justifié, je suis prêt à évoluer moi aussi, même s’il m’est difficile de changer ma nature. J’ai effectivement une manière de fonctionner qui est avant tout centrée sur le collectif et le groupe. À partir de là, chacun doit rester à sa place et un joueur n’a pas à se mêler d’affaires qui concernent le fonctionnement du club et il y a d’autres manières de faire savoir ses états d’âme que publiquement. » Cependant, Puel ne cherchait pas à se séparer de Simone au contraire « Je n’ai pas de problème avec les fortes personnalités et j’en veux dans l’équipe. Il y a de l’avenir dans ce groupe-ci. Il faut qu’il soit bien encadré et Marco Simone peut être un de ces joueurs cadres. Si l’année prochaine, il a autant d’agressivité et dans les matches et à l’entraînement, on peut s’attendre à une grosse saison de sa part ».

Mais la saison prochaine se fera sans Claude Puel, remplacé par Didier Deschamps.

Didier Deschamps – Marco Simone : Je t’aime moi non plus :

Au début, tout semble bien se passer entre les deux hommes. Ils sont de la même génération, avec une forte imprégnation du calcio. Deschamps nomme même Simone capitaine : « Il m’a appelé pendant mes vacances pour me dire qu’il comptait me donner le brassard de capitaine, me disant que ce rôle me revenait du fait de mon expérience. Il fallait que Marco Simone soit capitaine parce qu’il voulait se mettre bien avec moi. »

Le début de saison est catastrophique. Monaco reçoit lors des deux premières journées deux promus, Sochaux et Montpellier, avec à la clé une défaite contre le premier et un nul conte le second. Dans ces deux parties, les prestations de Simone n’ont pas été à la hauteur. « Après deux matches, j’étais sur le banc. Comment voulez vous que j’aide mon équipe dans ces conditions ? On perd le premier match de la saison contre Sochaux à cause d’un incroyable manque d’efficacité de notre part. Même chose pour le deuxième contre Montpellier où on assure le nul. Mais après ces deux rencontres je crois que Deschamps a paniqué et il a voulu prendre des décisions fortes. »

De ce fait Marco Simone et aussi un autre international italien Christian Panucci sont prêtés en Italie, Panucci à la Roma et Simone au Milan AC.

À Milan, Simone tacle Deschamps dans une interview accordée à France Football dans son édition du 11 décembre 2001. Voici quelques extraits de cette interview (ndlr : les deux dernières déclarations sont aussi tirée de cette interview).

« Il (Deschamps) n’a rien compris à la fonction d’entraîneur. Je ne pense pas qu’il ait conscience des responsabilités que doit avoir un entraîneur. Je donne un exemple : pendant les mises au vert de matches de championnat en début de saison, il faisait des parties de tennis avec des membres du staff. Quand on a la charge d’une équipe comme Monaco, je ne trouve pas cela très normal. C’est peut être un détail, mais ça en dit long sur sa motivation à l’ASM. »

« Je suis persuadé que, dès le premier jour où il est arrivée, Deschamps voulait nous virer. Quand je dis ‘nous’ je parle de Christian (Panucci), qui est mon ami et de moi. Je crois tout simplement qu’il n’aime pas fonctionner avec de fortes personnalités alors qu’un entraîneur doit au contraire être aidé par les joueurs. Dans la vie on ne fait rien tout seul ».

« Mais ce qui m’énerve le plus, c’est de voir qu’on a gagné des titres avec des hommes qui retournent leur veste du jour au lendemain, parce qu’ils croient que Didier Deschamps va relancer leur carrière. Ludo (Giuly) était persuadé qu’il disputerait la prochaine Coupe du Monde grâce à Deschamps. Je préfère rester moi-même et ne rien gagner ou ne plus jouer que devenir l’ami de quelqu’un par intérêt. »

« Je suis surpris que Flavio, qui est mon ami, joue autant. Il doit vraiment être bon pour que Deschamps le laisse dans le but ! Mais, pour le reste, je ne comprend pas pourquoi des gars comme Léonard, Raducioiu et même le jeune Abidal ne jouent pas plus souvent. Si c’est parce que ce sont des joueurs avec lesquels je m’entendais bien, c’est grave. »

« À court terme, j’espère que Deschamps sera débarqué. Vous savez, je pars du principe que chaque vérité doit être dite et j’espère que mes propos auront des répercussions. Si le président Campora l’a choisi en début de saison, c’est uniquement parce qu’il avait besoin de quelqu’un d’important médiatiquement après le départ de Claude Puel. Mais vu les résultats, il ne peut pas rester plus longtemps. J’ai connu pas d’entraîneurs dans ma vie, mais je me demande encore comment Didier Deschamps a pu être nommé à la tête de l’AS Monaco. »

Mais comme il le soulignait dans cette interview « ce qui est sûr, c’est qu’en fin de saison je reviendrai à Monaco où j’ai encore deux ans de contrat ».
Et Marco est revenu mais les lors de la saison 2002-2003, où Deschamps avait trouvé un bel équilibre avec en attaque le duo Nonda-Prso, Simone sera peu utilisé, seulement à 5 reprises.

Fin de carrière :

La saison suivante il rompt son contrat le liant à Monaco. En avril 2004 il rejoint Nice ou il dispute seulement 7 matches avant de partir de lui-même par la petite porte. Il met un terme à sa carrière après cet intermède niçois. Il s’est fait recaler à l’examen pour devenir agent de joueur. On sait qu’il se rend occasionnellement au stade Louis II encourager l’ASM et qu’il joue beaucoup au golf.

Ce que l’on peut retenir de Marco Simone c’est qu’il n’avait pas sa langue dans sa poche et que son caractère bien trempé n’avait d’égal que son talent. Il a quand même marqué pas moins de 44 buts en 98 matchs à l’ASM.

Les statistiques de Simone à Monaco :

Marco Simone : né le 7 janvier 1969 à Castellanza (Italie)
Poste : attaquant

Matchs joués à l’ASM : 98
Détails : 74 matches en championnat, 4 en Coupe de France, 7 en Coupe de la Ligue et 13 en Coupe d’Europe
Buts : 44
Détails : 28 en championnat, 1 en Coupe de France, 3 en Coupe de la Ligue et 12 en Coupe d’Europe.